Karmina VltimaExtraitsAudioPresseCommandeEditeurContact

 

Extrait du Chant liminaire

  J'ai quitté les ruines de mon village où je me cognais aux toits de tôle des quelques cases qui restaient encore debout. Lorsque, d'une simple enjambée, je traversai le ruisseau, aux limites du monde connu, qui jadis m'avait paru un infranchissable torrent, ma gorge se serra de chagrin. Je réajustai sur mon dos le sac plein de livres et de foufou. La seule larme de ma vie perla au coin de mon œil. Elle y resta quelque temps, trace transparente sur ma peau, et disparut en chemin, happée sans hâte par le gosier sec de l’air, qui est la peau du monde.


Extrait du Chant de la Dame des montagnes

De ci de là il porte sa parole
Parfois jouet des hommes
Et parfois celui qui s'en joue

Qui est-il ?

 
Extrait du Chant du voyage en Morte-Terre

   J’ai voulu méditer dans la tranquillité toute minérale d'un monde mort. Ce n'est point ainsi que les choses se passèrent. Là où, sur les cartes géographiques, nul n'avait jamais indiqué qu'un chaos de rocs et d'arbres pétrifiés, voilà que des ruines sont apparues. De jour en jour, stylite attentif, je voyais ces ruines déborder du sol stérile, les tracés et les formes s'affirmer imperceptiblement. Tel pilier hier couché dans la poussière était aujourd'hui levé, telle pièce de céramique enfouie trouvait sa place parmi d'autres, et amorçait l'image d'une baleine pourpre au fond d'un bassin vide.

   Ces ruines – il  paraît aussi juste de dire « ces restes » ou alors « ces ébauches » – seraient un jour, je le savais, la future bibliothèque Jorge Luis B. et Raymond R. Ainsi les décombres peuvent précéder la maison, la charogne précéder l'animal et la plante sa propre graine !

 

 

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